Comment trouver des idées ?

Comme promis, voici un billet pour exposer comment me viennent mes idées. Tout d’abord, je tiens à préciser que ce billet est inspiré de mon expérience personnelle et que, à ce titre, il ne doit pas être pris comme une bible du chercheur d’idée. Mon expérience est là pour le prouver, avoir des idées ne suffit pas à rencontrer le succès. Mais restons positifs et ne perdons pas notre motivation.

Le cheminement intellectuel que vous allez suivre pour trouver votre idée va dépendre du contexte. Il n’y a pas de voie royale semée de pétale de rose, aussi pour présenter le sujet, je vais aborder deux aspects. L’état d’esprit et quelques techniques.

L’état d’esprit

Cet aspect est fondamental parce que vous ne pouvez pas planifier quand vous viennent vos idées. Vous devez donc être, aussi souvent que possible, dans un état d’esprit favorable afin de ne rien manquer des signaux faibles qui se présentent à vous. État d’esprit ? Ça sonne comme un manuel ésotérique rédigé par un gourou de l’hypnose et de la conscience trans-dimentionnelle :p Ce que je vais exposer ne sera pas forcément plus pragmatique mais c’est le résultat de mon expérience personnelle.

Lorsque je parle de signaux faibles, je parle de ce que vous vivez au quotidien mais auquel vous êtes sourds. Si vous lisez ce billet, vous êtes peut-être confrontés au constat qui sonne comme un aveux d’échec : je n’ai pas d’idée. Pourtant, si vous avez une vie normale, celle-ci est remplie d’expériences banales qui rythment votre quotidien. Vous êtes en permanence soumis à des contraintes auxquelles vous vous adaptez. Voilà le coeur du problème : vous trouvez à ces contraintes des stratégies pour les contourner ou vous y adapter au lieu de leur trouver des solutions définitives. Et lorsque vous avez trouvé une solution qui vous satisfait, vous ne vous posez jamais la question de savoir si elle satisferait quelqu’un d’autre. Pour trouver des idées de business, vous devez être dans un esprit permanent de révolte et refuser les contraintes qui s’imposent à vous. Permanent ? J’exagère un peu, mais vous devez être attentif lorsqu’une contrainte vous parait inacceptable, pour quelque raison que ce soit. Si une contrainte est communément admise mais que son poids vous insupporte au point de déployer beaucoup d’effort pour y échapper tant bien que mal, vous tenez peut-être une idée à exploiter. Et ce que vous observez dans votre quotidien, vous pouvez aussi le faire dans le milieu professionnel. Personnellement, le milieu professionnel m’inspire davantage car il est rempli de contraintes horripilantes dues au caractère sclérosé des canaux de décision. C’est ainsi que m’est venue l’idée, que je n’ai pas encore exploité, de créer un service pour gérer le cycle d’allés et retours incessants entre la MOA et la MOE. Enfin bref, les développeurs comprendront :p

Lorsque Steeve Jobs a imaginé l’iPhone, cette idée nouvelle ne répondait à aucun problème concret. L’iPhone répondait à un besoin latent de s’afficher avec un objet fun et qui prétende à un certain standing. C’est aussi à ce genre de signal faible auquel il faut savoir être attentif, les besoins latents qui ne demandent qu’à s’exprimer.

La généralisation

Maintenant que vous savez l’importance de l’état d’esprit, je vais exposer une série de techniques qui vous permettront, non pas de trouver une idée toute neuve, mais de rebondir d’une idée à une autre. Ces techniques vous seront très utiles si vous projetez de créer une Lean Startup. Vous devrez néanmoins partir d’une idée initiale.

La première de ces techniques est la généralisation. Je vais prendre un exemple concret. Il y a deux ans et demi, un ami est venu me voir avec une idée de logiciel dédié aux services qualité des entreprises d’analyse bactériologique. Vous l’avez deviné, lui même travaillait dans ce type de service et il n’était pas satisfait des outils qu’il utilisait, outils qu’il jugeait trop archaïques. Il m’a demandé de l’aider à developper ce produit, ce que j’ai accepté. Mais mon ami s’est désintéressé du sujet après quelques mois, et je me suis retrouvé avec un projet sans capitaine. Le sujet m’intéresserait et je ne voulais pas laisser tomber. Mais comme je me retrouvais seul aux commandes, j’ai décidé de repenser le problème pour donner au produit une portée, et donc un marché, plus large. En analysant le projet depuis ses fondements, il en est ressorti qu’il répondait, au fond, à un problème de relation client/prestataire. La question du suivi qualité était un particularisme de cette relation. Nous verrons plus loin que la spécialisation peut être source d’inspiration, mais pour l’instant nous allons suivre la voie de la généralisation. Cette voie, vous l’avez compris, consiste à partir d’un problème particulier (le suivi qualité) et d’en extraire un problème général (la relation client/prestataire).

Vient alors le moment de trouver une solution à ce problème général, à condition d’avoir prouvé qu’il existe un marché. Dans mon cas, j’ai tenté de développer un réseau social qui aurait été un hybride entre LinkedIn et une solution de Partner Relationship Management. Ce projet a avorté car entre temps j’ai découvert le Lean Startup et je me suis rendu compte, au travers du filtre Lean, que je courrais à l’échec. Et surtout cela faisait plusieurs mois (sic) que j’y croyais de moins en moins. J’espère que vous aurez tout comme moi l’endurance de suivre ce parcours jalonné de multiples échecs qu’est l’aventure entreprenariale.

La spécialisation

Passons maintenant à la seconde technique. Et là encore je vais illustrer mon propos avec un exemple personnel. Lorsque j’ai décidé de quitter mon boulot pour monter ma startup, je comptais tout d’abord créer un moteur de recherche capable d’indexer le contenu des applications mobiles. J’ai voulu déposer un brevet sur mon invention, mais je me suis rendu compte que pour protéger correctement mon invention, j’allais être obligé de la breveter dans de nombreux pays. Et je n’avais pas les ressources financières d’une telle ambition. J’ai donc songé assez rapidement au pivot. Et l’idée qui m’est venue provenait de réflexions que j’avais eu sur une problématique de sécurité à laquelle j’étais confronté pour exploiter mon moteur de recherche. Ce problème était assez éloigné de mon coeur de métier, mais je ne m’étais pas interdit d’y réfléchir, ni même d’y travailler en parallèle. J’avais donc développé une solution pour sécuriser les accès à la console SSH (désolé pour le jargon). Comme je ne suis pas expert en sécurité informatique, je ne voulais pas pivoter sur cette idée. Mais je me suis dis que cette idée pourrait être appliquée à la sécurisation des paiements en ligne. C’est ainsi que m’est venue l’idée d’IzeePay. Il se trouve que je rencontre maintenant des problèmes réglementaires qui vont sans doute m’obliger à pivoter une fois de plus, mais retenez l’intérêt de la spécialisation pour trouver de nouvelles idées. Pour résumer, il s’agit de partir d’un projet quelconque et de dériver sur une émanation de celui-ci, c’est-à-dire de vous concentrer sur un problème particulier rencontré lors de la mise en oeuvre du projet d’origine. Rappelez-vous que des contraintes lourdes pour lesquels les solutions existantes sont insatisfaisantes sont le signe d’un besoin fort.

La sérendipité

La sérendipité est l’art de trouver ce que l’on ne cherche pas. Il s’agit d’un art à part entière, c’est-à-dire qu’il ne consiste pas à attendre passivement une intervention divine qui vous sauvera de l’enfer du désoeuvrement. Vous devez créer les conditions propices à la survenue d’événements favorables ou à la perception de signaux faibles. Pour cela, vous devez sortir de vos pensées et aller à la dévouverte du monde et des gens. Bon je dis ça, mais c’est la technique avec laquelle je me sens le moins à l’aise. Pour vous montrer la puissance de sérendipité, je vais une fois de plus en appeler à mon expérience personnelle.

Lorsque je vous ai dit précédemment que l’idée d’IzeePay m’était venue en utilisant la technique de la spécialisation, ce n’est pas tout à fait vrai. L’idée qui m’est venue tout d’abord était orientée acheteurs. Il s’agissait d’une solution concurrente à PayPal, tel qu’il est connu du grand public. J’ai alors participé au ShiftCamp organisé à Rennes par Le Shift, et j’ai monté une équipe pour valider le concept. La déception a été à la hauteur de mon assurance, nous avons constaté qu’aucune des personnes que nous avions sondé était prête à nous confier leur coordonnées bancaires. Or tout le modèle reposait là-dessus.

C’est là que la sérendipité nous a appelé par-delà les brumes épaisses du désespoir (oui j’aime bien faire de la poésie :p ). Nous avions été bien conseillés par les coaches du ShiftCamp et, suivant leurs conseils, nous avions sondés nos clients potentiels en leur posant des questions ouvertes, c’est-à-dire des questions qui invitent à ne pas répondre simplement par oui ou non. Ainsi nous avions constaté, sans que nous ayons abordé explicitement le sujet, que les e-commerçants nous faisaient souvent part d’un gros problème de conversion dès lors qu’ils basculaient vers des solutions de paiement sécurisé. Il nous a fallu un certain temps  (presque deux heures de débat) avant que ce signal ne se fraie un chemin parmi les méandres entrelacées de nos cerveaux. Nous avons alors pris conscience qu’il y avait un vrai problème du côté des e-commerçants et que les banques ne répondaient que très mollement à cette préoccupation. C’est donc ainsi que m’est réellement venue l’idée d’IzeePay.

Ce qu’il y a à retenir, c’est que sérendipité nécessite une méthode. Vous devez explorer le monde en étant disposé à vous ouvrir aux gens, aller vers eux pour les écouter, pas pour les convaincre ni pour vous convaincre vous même. Bref, il faut savoir laisser ses a priori au vestiaire et n’être là que pour écouter et comprendre. Cela rejoint le premier chapitre sur l’état d’esprit, mais il s’agit ici d’appliquer une méthode de travail et d’y travailler par session car vous ne pouvez pas être en permanence en mode exploratoire.

N’oubliez pas

Maintenant que vous êtes armé pour partir à la conquête de nouvelles idées, n’oubliez pas qu’une idée ne se suffit pas à elle seule. La réalisation est bien plus importante que l’idée. Ne vous laissez pas bercer par l’esthétisme de votre idée, confrontez-la au monde réel ou c’est le monde réel qui se confrontera à vous :p

https://hadf.wordpress.com/2015/07/26/jai-une-idee/

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